SAKAMO
numéro 15
Comme
dans les banlieues populaires métropolitaines, le peuplement des
Antilles s’est constitué dans un déplacement massif
de populations diverses qui ont dû inventer les modalités
de leur cohabitation après l’abolition définitive
(1848). Sans occulter l’inhumanité de la
déportation et de l’exploitation esclavagiste, c’est
principalement sur les migrations du dernier siècle de
l’esclavage aux Antilles françaises ainsi que sur
l’adaptation de la société au salariat que se
concentre notre regard dans ce dossier.
La
mise en place de ces migrations de travail préfigure,
d’une certaine façon, la diversité du peuplement
des banlieues populaires alimentant le bassin d’emploi parisien
dès les années 1880 ; avec les développements que
nous lui connaissons et dans lesquels la migration antillaise, et ses
enfants nés ici, est largement présente. Ces enfants
nés ici justement, qui ne se réfèrent souvent
qu’au seul modèle de l’esclavage pour arrimer une
identité blessée qui se construit dans
l’expérience des discriminations feutrées
contemporaines. Ces jeunes qui méconnaissent souvent la
complexité historique, les luttes collectives, la
diversité des parcours individuels qui fondent la
société antillaise présente. L’affirmation :
« On était bien tranquille dans nos îles et les
Français sont venus nous coloniser ! » émise par un
collégien lor s d’un débat centré sur les identités et unanimement
agréée lors d’ateliers d’écriture
menés avec des troisièmes au collège
Jean-Lurçat de Sarcelles et au collège Martin-Luter-King
de Villiers-le-Bel, justifie le présent dossier.
L'exposition montée conjointement
sera accrochée dans les collèges Pablo Picasso et Henri
Wallon de Garges-lès-Gonesse en avril prochain.
Nous poursuivons notre exploration des archives familiales. C’est donc une iconographie décalée, comprise entre 1850 et 1950, qui
nous permet de rendre compte d’un regard porté sur les
Antilles, principalement au travers de l’illustration des
magazines et de l'imagerie destinée aux enfants, .
Dominique RENAUX
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