SAKAMO
numéro 13
Aujourd'hui, dans
les grandes villes et leurs banlieues, le monde est présent.
Nous sommes tentés de situer sur la planète
chaque personne croisée dans la rue, de la rattacher
à un pays d’origine supposé. De fait,
les livres de géographie anciens nous
présentaient une terre peuplée de quatre grandes
"races": l'Europe était blanche, l'Afrique noire, l'Asie
jaune, l'Amérique rouge. Les repères
étaient nets. Pour l'Occident dominateur, la "race"
était la catégorie-clé
d'appréhension, de classification et de
hiérarchisation des hommes. Dans ce contexte, le
métissage était perçu, dans la
société blanche, comme une perte de sa
supposée pureté, comme une menace de
dégénérescence morale et physique. Ces
représentations venues de loin sont encore dans trop de
têtes. Elles alimentent les réactions
spontanées et font que nous nous trompons souvent dans nos
identifications des visages croisés dans les rues. Car, si
chacun porte visiblement la trace du lieu d'où viennent ses
ancêtres, il n'est plus possible de relier la
géographie avec l'apparence de chacun. Ce n'est pas la
couleur de leur peau qui permet de situer les humains, mais leur
histoire, le chemin qu'ils ont parcouru, les façons
d'être qu'ils ont inventées.
Dominique RENAUX
|