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Mamadou est professeur en lycée technique, venu du Sénégal après le bac Hubert est musicien professionnel, né à Sarcelles en 1970. François Serre a dirigé une laiterie à Villiers-le-Bel de 1947 à 1956.
 

Mamadou est venu du Sénégal après son bac, en 1981-1982, pour étudier. Il est devenu professeur et enseigne dans un lycée technique de banlieue.




Rester ici ?


L'idée au départ, c'était de repartir. Quand tu quittes jeune, tu te dis: je vais aller faire mes études, toute la famille est au pays, et à la fin de mes études, je rentre. Sauf que, quand tu viens très jeune, à un moment donné, tu t'habitues beaucoup plus à la vie française qu'à la vie de chez toi, parce que, après tout, quand tu as ton bac à 17 ans, 18 ans, pour moi, tu es encore ado, tu es encore gamin… Et puis tu viens ici, tu grandis, tu mûris ici. Donc tu épouses, quelque part, le fonctionnement du Français. Tu épouses quelque part la culture française sans pourtant même t'en rendre compte. Et après quand tu vas en vacances, tu te dis: Mais attends! Y a quelque chose qui me manque là! Quand je suis parti en vacances, au bout d'une semaine, j’avais envie de revenir en France. Parce que je n'avais plus mes repères, mes habitudes.


L'idée était de repartir au Sénégal, après avoir fini mes études. Et puis après à un moment donné, tu prends goût, tu te dis : Après tout, pourquoi pas rester, quoi! Dakar - Paris, en 5 heures on est à Paris. De l'autre côté, vice-versa. Les nouvelles vont très vite. Tu peux appeler. T'as des parents qui viennent, t'as des copains qui viennent, t'as des nouvelles du pays. Donc, pour moi, c'est pas très loin! C'est pas comme quelqu'un qui serait en Australie, où c'est l'autre bout du monde. A 4 heures, 4 heures 30, voire 6 heures d'avion, tu es à Dakar! Bon! Et puis il y a un autre aspect, c'est l'aspect économique aussi. Tu te dis: Je suis ingénieur, ou je suis prof. Je gagne 2000 euros, ou 2500 euros ici. Au pays, on ne me le proposera pas. On me proposera 600, 700 euros. Quand tu fais la différence, par rapport à ce que tu as ici, socialement, médicalement, économiquement, matériellement, tu dis: au fond, rester ici, c'est mieux pour moi, et envoyer chaque fin du mois 200, 300 euros, par rapport aux 2500 que je gagne, je ferai vivre tout un monde. Mais avec 800 euros au pays, je vis limite. Bon, c'est une des conditions, il faut appeler un chat un chat. C'est une des conditions, une condition économique qui fait que moi particulièrement, je suis resté, et que beaucoup aussi, qui sont dans le même cas, sont restés. Je me rappelle d'ailleurs quand j'ai fini, j'avais appelé mon père, qui chez nous en tant qu'Africains, va peser sur la décision que tu vas prendre. que tu le veuilles ou pas, parce que la culture africaine traditionnelle est comme ça. Je lui ai posé la question en disant: Voilà, maintenant, j'ai fini, je souhaite rentrer, qu'est-ce que tu en penses? C'est-à-dire que quelque part, je lui demande son avis. Il m'aurait dit; "Rentre!", je prenais le premier avion. Mais il m'a dit: "Tu sais, maintenant, tu es assez grand, tu sais ce qui est bien pour toi ou pas. Si tu penses que rester là-bas, c'est mieux pour toi, et de pouvoir nous aider ici, reste, la décision t'appartient à toi. La seule chose que je souhaitais, c'est que tu réussisses dans tes études. Tu l'as fait, c'est très bien." Et c'est à partir de ce moment-là que je lui ai dit: Voilà! Mon choix, c'est de rester. Et lui me dit: "Fais comme tu veux!" Mais quand même, j'étais obligé de l'avertir, parce que, bon, c'est le père de famille. (…) Il est venu cet été, il était très content d'ailleurs de venir là, de voir un tout petit peu comment le fils s'est installé avec sa famille aussi, de découvrir aussi la France, même si il a fait la guerre.


Des fois, quand je suis ici, c'est vrai que le pays me manque terriblement, que des fois, j'en souffre, j'en souffre énormément par moments, mais en fait c'est passager, une petite nostalgie. Et c'est vrai que je me dis: "Ce serait bien si j'étais maintenant au Sénégal! Y a une seconde je disais à ma femme : "Mais tu sais, moi j'ai la nostalgie de ma maman, hein! Franchement, j'ai envie de voir ma maman parce que elle me manque terriblement, quoi!" C'est clair! pas que c'est ma maman qui me manque, mais au fond, c'est le "pays" qui me manque.