Actualité du Collectif
Présentation du Collectif
Actions 1994-2003
Nous contacter
précédent
suivant
Retour à l'accueil parcours
en cliquant
   

 

Mamadou est professeur en lycée technique, venu du Sénégal après le bac Hubert est musicien professionnel, né à Sarcelles en 1970. François Serre a dirigé une laiterie à Villiers-le-Bel de 1947 à 1956.
 

Mamadou est venu du Sénégal après son bac, en 1981-1982, pour étudier. Il est devenu professeur et enseigne dans un lycée technique de banlieue.




Prof en ZEP


J'ai toujours aimé aller travailler dans les zones sensibles, j'ai toujours été en ZEP, j'ai commencé en LEP, et puis, bon, quand j'ai eu mon CAPET, je veux dire, j'ai été classé 5ème, et donc je pouvais aller dans un endroit, dans un lycée cool, où y avait pas de problème, où y avait pas d'"emmerdes". Mais j'ai refusé ça. Et je suis à Garges, qui est en zone d'enseignement prioritaire, et je m'y plais bien, très bien, parce que... bon, y a, j'ai des jeunes qui viennent d'horizons différents, Pakistanais, Africains, Maghrébins, Chinois, Polonais, ... C'est un défi aussi, dire ... On est en zone sensible, le programme de l'éducation nationale, il est partout pareil! Si le gamin qui est à Paris, disons dans un grand lycée est capable d'avoir le bac, pourquoi pas le gamin qui habite..., qui habite à Garges ou qui habite à Villiers-le-Bel? et qui est en zone sensible? C'est un défi pour moi, d'aider ces jeunes d'origine étrangère. C'est pas parce que je me range du côté des étrangers, non, c'est une manière de dire: "Voilà! Vous êtes capables! et montrez aux autres que vous êtes capables!"


Paradoxalement, dans le lycée, on me dit toujours que je suis un prof qui est dur envers les étrangers, parce que je leur demande beaucoup plus qu'aux autres. C'est logique, parce que je me dis quelque part si je leur demande pas plus, ils vont dire "c'est un prof qui est Black, donc on peut se permettre de …", sauf qu'avec moi ça ne marche pas. Et très souvent les élèves que j'ai, qui sont dans les classes de sciences et techniques, on les appelle les STI, ce ne sont pas des élèves très souvent qui sont faciles, bon, on le sait, ça c'est connu dans l'Education nationale. Mais les élèves que j'ai eus, la majeure partie, reviennent quand même au lycée. Ils me disent: "Monsieur, j'ai fait un BTS", "Monsieur, je suis en licence d'électronique", ou "je suis dans une école d'ingénieur en alternance". Juste avant les vacances de Noël j'ai une jeune fille qui est entrée en deuxième année de DUT qui vient quasiment tous les deux trois mois au lycée me dire bonjour, et c'est une fille qui réussit très bien. Pour moi, c'est une satisfaction, elle revient. 


Ceux qui ne continuent pas leur étude, très souvent c'est parce que… ils n'ont pas voulu continuer. Ils arrêtent, ils vont chercher du boulot. C'est comme tout jeune banlieusard: "Ouais, mais moi j'ai besoin de bosser pour me faire du blé parce qu'à la maison ça marche pas trop." Donc ils arrêtent les études pour aller bosser, soit à Roissy ou ailleurs. Ceux-là, bon, de temps en temps, on en a deux ou trois qui reviennent, mais la majeure partie des élèves qui réussissent, voire des DUT ou des BTS, ou qui intègrent une école d'ingénieur, ou qui intègrent la fac après, souvent ils viennent, ou ils appellent. Tiens, nous avons fait telle chose, … ce qui nous permet, nous, d'être réconfortés dans le boulot qui nous a été confié. Et je trouve ça de la part de ces élèves là, formidable, fabuleux. Et ça c'est quelque chose qui me touche énormément… Y a certains qui disent: "Ouais, j'ai encore vos cours, mais ça ne me sert pas à grand-chose, mais des fois ça me fait marrer quand je regarde vos cours, parce que je vous vois en train de parler."Ceux qui reviennent très souvent, j'ai remarqué aussi, ne sont pas forcément ceux qui étaient sérieux. Ceux qui reviennent très souvent, c'est ceux que le prof a marqués, c'est ceux avec qui le prof a été très dur à l'école.


Moi je vois dans le cadre de mon boulot. J'ai certains collègues qui ne veulent pas faire des réflexions à des élèves d'origine étrangère. Mais pourquoi? Mais pourquoi? Tu te dis: "C'est mon élève." Y a ce mot d'appartenance là. Puisque je l'ai en cours. Mais si tu dis que c'est mon élève, quelle que soit la bêtise que l'élève peut faire, tu es capable de lui dire: "Mais attends! T'as fait une connerie là!" Mais moi, je te parle en tant qu'enseignant, parce que je suis ton prof! Ils ne le font pas parce qu'ils ont peur qu'on leur dise qu'ils sont racistes, qu'ils sont ceci, cela, qu'ils n'aiment pas les élèves. A ce moment-là, il ne faut pas être enseignant, je suis désolé!

 Tu me diras, parce que toi, tu es d'origine étrangère, tu es Black, ils vont t'écouter beaucoup plus! Oui! Mais bien sûr! Parce que je sais comment le gamin il fonctionne. Quand je dis au gamin: "Tu me fais chier, tu m'emmerdes, t'as pas appris tes cours, je vais te punir, ... Mais attends! Maintenant dis que je suis raciste." "Ah! S'il le dit, c'est parce que c'est vrai!" Mais je le dis autant pour le jeune Maghrébin, pour le petit Africain d'Afrique noire, que pour le petit Français qui est là devant moi, attention! Tout le monde au même pied d'égalité. Attends, là, il y a pas de favoritisme là!

Je les engueule tous quand il y a une connerie quelque part. Il n'en demeure pas moins que lorsque l'enfant réussit, ben, je l'encourage. Mais c'est comme ça. Il y a aucun encouragement dans ce pays-là. Moi, je n'entends jamais des gens dire: "Ah! Attention, on dit ça d'eux, mais à tel endroit, y a telle ou telle personne qui…Ou y a telle ou telle cité, les choses se passent très bien, ça veut dire que quelque part, y a des gens qui se battent." Mais ce côté-là, on le montre jamais. Mais on montre tout le temps des conneries, des voitures de rodéo, dans certaines cités.