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Mamadou
est venu du Sénégal après son bac, en
1981-1982, pour étudier. Il est devenu
professeur et enseigne dans un lycée technique de banlieue.
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Prof en ZEP
J'ai
toujours aimé aller travailler dans les zones sensibles,
j'ai toujours été en
ZEP, j'ai commencé en LEP, et puis, bon, quand j'ai eu mon
CAPET, je veux dire,
j'ai été classé 5ème, et
donc je pouvais aller dans un endroit, dans un lycée
cool, où y avait pas de problème, où y
avait pas d'"emmerdes". Mais
j'ai refusé ça. Et je suis à Garges,
qui est en zone d'enseignement prioritaire,
et je m'y plais bien, très bien, parce que... bon, y a, j'ai
des jeunes qui
viennent d'horizons différents, Pakistanais, Africains,
Maghrébins, Chinois,
Polonais, ... C'est un défi aussi,
dire ... On est en zone sensible, le programme de
l'éducation nationale, il est
partout pareil! Si le gamin qui est à Paris, disons
dans un grand lycée
est capable d'avoir le bac, pourquoi pas le gamin qui habite..., qui
habite à
Garges ou qui habite à Villiers-le-Bel? et qui est en zone
sensible? C'est
un défi pour moi, d'aider ces jeunes d'origine
étrangère. C'est pas parce que
je me range du côté des étrangers, non,
c'est une manière de dire: "Voilà!
Vous êtes capables! et montrez aux autres que vous
êtes capables!"
Paradoxalement,
dans le lycée, on me dit toujours que je suis un prof qui
est dur envers les
étrangers, parce que je leur demande beaucoup plus qu'aux
autres. C'est
logique, parce que je me dis quelque part si je leur demande pas plus,
ils vont
dire "c'est un prof qui est Black, donc on peut se permettre de
…",
sauf qu'avec moi ça ne marche pas. Et très
souvent les élèves que j'ai, qui
sont dans les classes de sciences et techniques, on les appelle les
STI, ce ne
sont pas des élèves très souvent qui
sont faciles, bon, on le sait, ça c'est connu
dans l'Education nationale. Mais les élèves que
j'ai eus, la majeure partie,
reviennent quand même au lycée. Ils me disent:
"Monsieur, j'ai fait un
BTS", "Monsieur, je suis en licence d'électronique", ou "je
suis dans une école d'ingénieur en alternance".
Juste avant les vacances
de Noël j'ai une jeune fille qui est entrée en
deuxième année de DUT qui vient
quasiment tous les deux trois mois au lycée me dire bonjour,
et c'est une fille
qui réussit très bien. Pour moi, c'est une
satisfaction, elle revient.
Ceux qui
ne continuent pas leur étude, très souvent c'est
parce que… ils n'ont pas voulu
continuer. Ils arrêtent, ils vont chercher du boulot. C'est
comme tout jeune
banlieusard: "Ouais, mais moi j'ai besoin de bosser pour me faire du
blé
parce qu'à la maison ça marche pas trop." Donc
ils arrêtent les études
pour aller bosser, soit à Roissy ou ailleurs.
Ceux-là, bon, de temps en temps,
on en a deux ou trois qui reviennent, mais la majeure partie des
élèves qui
réussissent, voire des DUT ou des BTS, ou qui
intègrent une école d'ingénieur,
ou qui intègrent la fac après, souvent ils
viennent, ou ils appellent. Tiens,
nous avons fait telle chose, … ce qui nous permet, nous,
d'être réconfortés
dans le boulot qui nous a été confié.
Et je trouve ça de la part de ces
élèves
là, formidable, fabuleux. Et ça c'est quelque
chose qui me touche énormément… Y
a certains qui disent: "Ouais, j'ai encore vos cours, mais
ça ne me sert
pas à grand-chose, mais des fois ça me fait
marrer quand je regarde vos cours,
parce que je vous vois en train de parler."Ceux qui reviennent
très
souvent, j'ai remarqué aussi, ne sont pas
forcément ceux qui étaient sérieux.
Ceux qui reviennent très souvent, c'est ceux que le prof a
marqués, c'est ceux
avec qui le prof a été très dur
à l'école.
Moi je vois
dans le cadre de mon
boulot. J'ai certains collègues qui ne veulent pas faire des
réflexions à des
élèves d'origine étrangère.
Mais pourquoi? Mais pourquoi? Tu te dis:
"C'est mon élève." Y a ce mot d'appartenance
là. Puisque je l'ai en
cours. Mais si tu dis que c'est mon élève, quelle
que soit la bêtise que
l'élève peut faire, tu es capable de lui dire:
"Mais attends! T'as fait
une connerie là!" Mais moi, je te parle en tant
qu'enseignant, parce que
je suis ton prof! Ils ne le font pas parce qu'ils ont peur qu'on leur
dise
qu'ils sont racistes, qu'ils sont ceci, cela, qu'ils n'aiment pas les
élèves. A
ce moment-là, il ne faut pas être enseignant, je
suis désolé!
Tu me diras, parce que toi,
tu es d'origine
étrangère, tu es Black, ils vont
t'écouter beaucoup plus! Oui! Mais bien sûr!
Parce que je sais comment le gamin il fonctionne. Quand je dis au
gamin:
"Tu me fais chier, tu m'emmerdes, t'as pas appris tes cours, je vais te
punir, ... Mais attends! Maintenant dis que je suis raciste." "Ah!
S'il le dit, c'est parce que c'est vrai!" Mais je le dis autant pour le
jeune Maghrébin, pour le petit Africain d'Afrique noire, que
pour le petit
Français qui est là devant moi, attention! Tout
le monde au même pied
d'égalité. Attends, là, il y a pas de
favoritisme là!
Je les
engueule tous quand il y a une connerie quelque part. Il n'en demeure
pas moins
que lorsque l'enfant réussit, ben, je l'encourage. Mais
c'est comme ça. Il y a
aucun encouragement dans ce pays-là. Moi, je n'entends
jamais des gens dire:
"Ah! Attention, on dit ça d'eux, mais à tel
endroit, y a telle ou telle
personne qui…Ou y a telle ou telle cité, les
choses se passent très bien, ça
veut dire que quelque part, y a des gens qui se battent." Mais ce
côté-là,
on le montre jamais. Mais on montre tout le temps des conneries, des
voitures
de rodéo, dans certaines cités.
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