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Mamadou
est venu du Sénégal après son bac, en
1981-1982, pour étudier. Il est devenu
professeur et enseigne dans un lycée technique de banlieue.
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Nés
ici
Tu sais
moi, j'ai des enfants qui sont nés ici, qui vont grandir
ici, quelque part,
même si je leur dis: "Vous êtes des
Sénégalais, ceci, ceci, cela, pff! ça
rime à quoi? Parce qu'ils vont faire leur vie ici. Ils sont
nés là, ils ont
grandi là, ils vont faire leur vie ici! Moi, je n'y peux
rien de ça! Sauf que
je dis: Mais attendez, moi, je suis d'origine
sénégalaise. Vous êtes d'origine
sénégalaise. Il est parfois bon de
connaître aussi là d'où l'on vient.
Ça c'est
vachement important! La culture africaine, la culture
sénégalaise, l'histoire
de l'Afrique, l'histoire de la traite négrière,
l'histoire de la colonisation,
il faudrait connaître l'histoire. Les deux grandes guerres,
il faut les
connaître, parce quand même la France
a passé des périodes difficiles. Donc il faut
connaître l'histoire. Il faut avoir une identité.
Tant que l'enfant n'est pas à
la recherche de l'identité, il peut se développer
tout seul. Parce qu'être à
deux chevaux: aujourd'hui on te dit que tu es Français,
demain on te dit que tu
es Sénégalais, ou on te dit que tu es Marocain,
il faut savoir sur quel pied
danser. Il ne faut pas aller à la recherche de
l'identité. Ils sont nés ici,
des petits jeunes Noirs, ils sont nés Français.
!
A la
maison, on parle français, on parle wolof aussi. Quand je
suis en colère...
C'est bizarre hein? Quand je suis en colère, je parle wolof.
C'est bizarre. Mes
enfants, quand je commence à parler wolof, disent: Ouh
là là! Papa aujourd'hui,
ouh, y a quelque chose qui va pas. Ils comprennent un tout petit peu.
Quand je
commence à parler wolof en disant: Mais tais-toi! T'as pas
à faire ça! en
wolof, ça commence à être chaud. Donc
ils se disent: Ah aujourd'hui Papa est en
colère.
Avec leur
grand-père, ils parlaient. français, ils parlent
quand même quelques mots en
wolof, mais c'était plus mon père qui faisait des
efforts...Moi j'étais là. Ma
femme était là aussi :
«-Ils
ont
dit ça!
-Ah oui ils
ont dit ça.
-Dites
donc, vous, vos enfants là, il faut leur apprendre, il faut
qu'ils viennent
très souvent. »
Ah oui, les
billets ça n'est pas donné non plus. Mais ils
comprennent quand même, ils
comprennent quelques mots. Ils parlent pas wolof ou bambara comme moi
je le
parle, mais quand tu commences à parler, ils percutent, ils
connaissent un tout
petit peu le sens des choses et ça, c'est
déjà pas mal. En bas âge comme
ça,
c'est bien. C'est bien, ça prouve que quelque part quand
même ils comprennent.
J'oublie pas qu'ils sont originaires de là-bas quoi! Et que,
bon, Papa il
parle, pourquoi pas? J'ai mon fils qui me dit: Mais attends, moi
j'aurais bien
aimé parler quand même un tout petit peu wolof. Tu
ne nous apprends pas, tu es
toujours en train de parler le français. Sauf quand tu es en
colère, on sait
que tu es en colère parce que tu parles wolof. ça
va pas ça! C'est vrai qu'il a
raison. Et ça me fait plaisir qu'ils aient envie d'apprendre
un peu le wolof.
Apprendre
à l'école, c'était quand
même dur!
Parce que quand tu nais dans un endroit en France où tout le
monde parle le
français, forcément tu vas le parler. Mais quand
tu es né à Dakar, dans un pays
où 90% dehors, qui sont dehors, ne parlent que le wolof,
apprendre à l'école ça
va être difficile. Alors là c'était
dur. La méthode syllabique, alors là! l a,
ça donne la, f i, ça donne fi, ce fut dur! Mais
bon, à force. Quand on est
jeune d'ailleurs, on est beaucoup plus apte à parler une
langue étrangère.
Quand on est adulte, bon, y a des choses qui échappent. Et
je suis content que
mes enfants de temps en temps, me disent: "Mais Papa, parle-moi wolof!
Mais Papa, ça veut dire quoi, telle chose en wolof? C'est
bien. Alors que je ne
les force pas. Je ne vais pas dire forcément: "Tu vas
apprendre le wolof,
parce que bon! c'est le pays, c'est la
sénégalité et tout, le
Sénégal, on en
parle très peu à la maison, parce que je me dis,
l'enfant à un moment donné, il
se fera une idée, il se dira à un moment: "Mais
attends, mon père est
d'origine sénégalaise, mais pourquoi pas, moi, ne
pas retourner, aller à la
recherche de mes origines. Oui, il a ce choix-là,
là ils sont Français, ils
vont grandir ici, ils vont savoir comment les gens fonctionnent, point.
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