L'artiste au contactLa plupart des jeunes de banlieue sont à distance de la culture classique. Le théâtre se présente à eux comme un univers lointain, entaché des a priori liés à l'étude scolaire des "grands textes" qui les renvoient dans leur coin. Pourtant, spectateurs incapables de passivité, ils sont prêts à l'enthousiasme; leur désir d'expression est grand, leurs moyens souvent insuffisants. Pour des raisons diverses, leurs références sont en décalage, il y a dans ce décalage un grand travail à mener, intégrant la diversité des sensibilités culturelles et leur télescopage dans le laboratoire de la société future que sont les périphéries urbaines et les quartiers d'exclusion. L'intégration de leurs savoirs, de leurs gestes et langages, le fait que l'artiste prenne en compte cette matière comme point de départ sont garants d'une convergence possible, d'un rapport d'égalité, d'une mise en commun. Les contraintes sont données comme règles du jeu et non pas comme devoir. Le travail devient recherche commune, rencontre entre des jeunes et l'art rendu vivant par la pratique, dans le contact avec les artistes. Explorer, s'égarer, se perdre, se retrouver, ne pas aboutir, rebondir, utiliser l'accident, ne pas toujours savoir ce que l'on a fait, le livrer comme une question, pour soi et pour les autres... A partir du moment où ils comprennent le sens de l'improvisation, ils deviennent des acteurs, pas au sens show-biz du terme, ils deviennent plutôt des actants. Dans son rapport traditionnel aux comédiens professionnels, le metteur en scène rencontre des savoir-faire, la culture, au service de son projet. Là, il rencontre une expression brute, non empêtrée d'académisme, une expression techniquement imparfaite mais ponctuellement marquée d'une sincérité absolue. Dans ce territoire, l'artiste trouve une liberté de proposition et de création; ainsi que le temps nécessaire pour que ce lent travail d'accouchement puisse se faire.
Martine DE KONINCK - 1994 |

